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Romulus, Rémus et la louve : comment est née Rome ?

Louve capitoline (Wikimedia Commons)

Il existe peu de récits aussi universellement connus que celui de la fondation de Rome.

Une vestale, deux jumeaux jetés dans le Tibre, une louve qui les allaite au pied du Palatin, et un fratricide qui donne son nom à la ville. On l’apprend en sixième, on le retient (parfois) toute sa vie.

Reste une question que l’on pose rarement et qui, pourtant, est la plus fondamentale : qui a écrit cette histoire ?

Une date fabriquée sept siècles plus tard

Le 21 avril 753 avant Jésus-Christ a l’allure d’un fait établi. En réalité, cette date a été fixée au Ier siècle avant notre ère par l’érudit Varron, à partir de calculs astrologiques de son contemporain Tarutius Firmanus. Avant lui, les auteurs antiques divergeaient largement : Timée plaçait la fondation en 814, Cincius Alimentus en 728, Denys d’Halicarnasse autour de 751.

Le jour n’a pas davantage été tiré au sort. Le 21 avril était depuis longtemps celui des Parilia, fête rurale en l’honneur de Palès, déesse des troupeaux. L’anniversaire de Rome a été greffé sur une fête de bergers préexistante.

Un récit mis en forme sous Auguste

Le moment n’est pas neutre. Les guerres civiles viennent de ravager la République, et Octave doit convaincre les Romains qu’il restaure un ordre ancien. C’est précisément alors que Virgile compose l’Énéide et que Tite-Live commence son Histoire romaine. Deux textes qui fixeront pour deux mille ans la version officielle des origines — et qui raccrochent Rome à Énée, donc à Troie, donc à la plus prestigieuse épopée du monde grec. La famille d’Octave prétendait d’ailleurs en descendre.

Les Anciens n’étaient pas tous dupes. Tite-Live lui-même rapporte une explication plus prosaïque du motif de la louve, fondée sur un double sens du mot latin lupa.

Ce que disent les fouilles

Sous le Palatin, l’archéologue Sebastiano Puglisi met au jour en 1948 les restes de cabanes des IXe et VIIIe siècles avant notre ère. Plus tard, les fouilles d’Andrea Carandini dégagent quatre murailles successives, dont la plus ancienne remonte aux années 730-720. Carandini y voit le rempart de Romulus ; la majorité des chercheurs conteste cette lecture, en lui reprochant de partir du texte pour interpréter le terrain. L’hypothèse dominante reste celle d’un synœcisme : le regroupement progressif de villages sur les collines du Tibre, sur plusieurs générations, sans fondateur ni acte de naissance.

La version des Étrusques

Rome n’est pas seule au bord du Tibre. Elle fait face à Véies, Vulci, Tarquinia, Cerveteri. Le rite de fondation à la charrue est lui-même désigné par les Romains comme étrusque. Et une tombe ouverte en 1857 à Vulci conserve des fresques où un guerrier nommé Mastarna libère un prisonnier, tandis qu’un Tarquin de Rome se fait égorger. C’est l’empereur Claude, passionné d’histoire étrusque, qui identifiera ce Mastarna à Servius Tullius, sixième roi de Rome.

Une statue qui traverse les siècles

Reste la Louve du Capitole. Ses jumeaux datent de la fin du XVe siècle. Quant à la louve elle-même, les analyses au carbone 14 la situent entre le XIe et le XIIe siècle de notre ère, même si le débat n’est pas clos.

Rome n’a peut-être jamais été fondée un 21 avril.

Mais une chose est sûre, elle n’a jamais cessé d’être refondée !