Imaginez que vous êtes sur une terrasse de Grasse. La ville n’est pas au bord de la mer : elle est accrochée à flanc de colline, adossée aux premiers reliefs des Préalpes, à quelque trois cents mètres d’altitude. Dans votre dos, l’arrière-pays et la montagne. Et devant vous, en contrebas, la plaine qui dévale vers la Méditerranée — par temps clair, on aperçoit la mer, tout au loin.
Grasse, c’est d’abord cela : un balcon sur la Côte d’Azur.
Mais le vrai secret de la ville, il est sous vos pieds. Grasse est une colline percée de sources. La plus célèbre s’appelle la Foux ; son eau a longtemps couru dans des canaux à ciel ouvert, sous les ruelles de la vieille ville. Et cette eau, abondante, explique tout le reste. Car sans eau, pas de tanneries — et au Moyen Âge, Grasse, c’est avant tout une ville de tanneurs.
Tanner une peau exige des quantités colossales d’eau : il faut tremper, rincer, retremper les peaux pendant des mois. Là où l’eau coule en abondance, le cuir peut s’installer. Et plus tard, cette même eau servira à distiller les fleurs. L’eau de Grasse aura donc fait deux métiers : d’abord le cuir, ensuite le parfum.
Et c’est là tout le paradoxe de cette ville.
Aujourd’hui, on l’appelle la capitale mondiale du parfum. Mais si vous étiez arrivé ici il y a quelques siècles, vous vous seriez sans doute bouché le nez. Parce qu’avant d’être la ville des fleurs, Grasse sentait le cuir. Et croyez-moi, ça ne sentait pas la rose.
Bienvenue dans ce hors-série de « T’as qui en Histoire ? » consacré à l’histoire de Grasse. Une ville que je connais bien : chaque année, j’y retourne pour le Salon du livre d’Histoire. Et derrière les boutiques de parfum se cachent neuf siècles d’une histoire bien plus surprenante qu’on ne l’imagine.
Allons découvrir tout cela ensemble.